Crise du BTP, fin du Pinel, logements, entreprises... Inquiétudes sur la situation économique

MEDEF. Bruno Arcadipane est arrivé avec une double casquette à La Réunion pour une visite de trois jours. Celle de vice-président du Medef et celle de président d’Action Logement. Une visite avec en point d’orgue le comité Outre-mer délocalisé à cette occasion à La Réunion. L’occasion pour le vice-président du Medef d’évoquer, notamment, la crise du BTP et du logement en Outre-mer.

Déplacement à La Réunion pour le vice-président du Medef en charge de territoires, Bruno Arcadipane, dans le cadre de la tenue du comité Outre-mer délocalisé à cette occasion. Un agenda particulièrement chargé jusqu’à vendredi, Bruno Arcadipane est arrivé de Mayotte où le Medef a fait livrer 1 million de bouteilles d’eau à ses frais dans le cadre de la crise que travers l’île aux parfums. Mais à La Réunion, ce sont d’autres problèmes qui existent aujourd’hui.

En prenant la casquette de vice-président en charge des territoires sous la nouvelle présidence de Patrick Martin, élu en juillet dernier, Bruno Arcadipane veut faire passer un premier message : “Les difficultés sont grandes et diverses et chaque territoire à les siennes.” À l’écouter, La Réunion, plutôt bien lotie sur le plan économique, commence à subir ses premières fortes turbulences. “Elle était jusque-là protégée avec une progression plus forte sur le plan économique, mais La Réunion commence à être touchée de façon plus générale dans certains secteurs”, explique-t-il.

"Risque d'effet domino dans le BTP"

Secteur évoqué ? Le BTP et toute sa filière durement impactée comme au niveau national. “C’est très problématique par rapport au poids de cette filière. Il y a un risque d’effet domino si nous ne faisons pas quelque chose”, poursuit-il. Bruno Arcadipane connaît bien le sujet. En tant que président d’Action Logement (actionnaire majoritaire de la SHLMR), il reconnaît une absence de visibilité pour ce secteur.
Plusieurs facteurs sont mis sur la table pour expliquer cette situation : le manque de foncier, la hausse des prix des matériaux de construction, la hausse du taux du livret A, la fin du dispositif Pinel… Autant d’éléments qui ont un impact direct sur les permis de construire. “Les dépôts ont baissé de 40% en cette fin d’année“, rappelle Didier Fauchard, président du Medef Réunion. Quant aux perspectives, elles ne sont pas bonnes pour le moment. La fin du Pinel bloque les vélleités des acteurs privés en matière de construction de logements.

Pour le moment, la commission parlementaire promise par l’État pour trouver un outil de défiscalisation équivalent n’a toujours pas été créée. “Nous n’avons aucune nouvelle”, souffle Bruno Arcadipane. À moins que le gouvernement qui prévoit une nouvelle grande loi logement pour l’année prochaine y insère un dispositif de ce type ? “Nous sommes dans l’attente.” Car la baisse de la production de logements est bien réelle et risque d’entraîner l’économie réunionnaise dans une spirale négative. “Nous allons assister à une baisse de l’activité de production, une baisse du PIB, une augmentation du chômage. Le BTP est une filière qui prend du temps à redémarrer en cas de crise. Il faut des fois des années pour la relancer et reconstituer des savoir-faire”, indique-t-il.

Comment attirer les investisseurs à La Réunion ?

Plus globalement, les problèmes économiques à La Réunion sont plus profonds. Les dernières statistiques évoquées – hausse des procédures collectives et trésorerie tendue des entreprises – font dire au vice-président du Medef que la situation est “gravissime”, voire “étonne” et “choc”. Notamment en ce qui concerne le taux de chômage à La Réunion à 17%. “C’est deux fois plus qu’en métropole. C’est relativement incompréhensible alors qu’il y a de l’activité et de la demande. Il faut prendre cette question de la même manière qu’au niveau national (…) Il y a un problème d’éducation et de formation. Un sujet à traiter et à faire entendre à Paris”, soulève-t-il. Même si les entreprises réunionnaises, via le Club TPE du Medef, rencontrent des problématiques de recrutement, il n’est pas sans rappeler que la situation du chômage à La Réunion découle également de l’arrivée trop importante de jeunes actifs chaque année, sur un marché du travail qui ne peut pas l’encaisser.

Cette lecture globale de l’économie réunionnaise fin 2023 et les projections sur 2024 ont de quoi inquiéter le Medef Réunion et national. “Tous les outils qui ont permis à La Réunion d’être dans le rattrapage sont aujourd’hui enlevés”, déplore Didier Fauchard. “Il va falloir se retrousser les manches et apporter des outils fiscaux en soutien aux territoires ultramarins”, rappelle Bruno Arcadipane. Car La Réunion a un rôle à jouer dans la zone Indo Pacifique. À écouter le Medef, elle a tout pour devenir compétitive à condition de créer les outils nécessaires, un peu à l’instar de ce que Maurice a créé comme le statut spécifique d’investisseur étranger. “Nous devons attirer les investisseurs internationaux, attirer les fonds d’investissement, pour avoir toutes les armes spécifiques pour construire vers l’international”, conclut-il.

Une expérimentation lancée pour loger tous les salariés

Pour Bruno Arcadipane, pas question de rester les bras croisés sur la question du logement et de la mobilité contrainte des salariés en entreprise. Une vaste expérimentation a été lancée par Action Logement pour proposer un produit spécifique aux entreprises ayant au moins 1 salarié (jusque-là plus de 10 salariés). Il s’agit d’une initiative novatrice visant à renforcer son intervention pour garantir un logement accessible à tous les salariés du secteur privé à la Réunion. Une offre locative dédiée est désormais possible et cette expérimentation se déroule jusqu’à la fin de l’année 2024. “Le lien emploi logement est très important”, assure Bruno Arcadipane. Les problématiques de recrutement découlent aussi d’un problème de mobilité, notamment à La Réunion. Il peut être très difficile de travailler dans le Nord quand on habite dans le Sud, par exemple. Pour soutenir cette expérimentation, Action Logement a décidé de poursuivre ses efforts de construction de logements, mais également d’acquérir auprès des opérateurs privés des programmes en VEFA ou non encore sortis de terre. “Nous voulons continuer à faire tourner la machine et à mieux loger les salariés.” Pour rappel, la pénurie de logements abordables à La Réunion est bien réelle et se combine avec le ralentissement de la production. Seulement 2 000 logements aidés programmés en 2022 contre 7000 par an attendus pour répondre aux besoins de la population. En parallèle, l’accélération des demandes de logements social se fait ressentir chaque année 35 000 en 2021, 40 000 en 2022 et 43 000 en 2023. Parmi ses demandes, 13 000 émanent des salariés du secteur privé.

Crédits : Julien Delarue jdelarue@jir.fr